Saint-Malo, entre guerre et paix

C’est devenu une tradition familiale. Partir en week-end au grand air pour fêter mon anniversaire. C’est mon cadeau. Le calendrier joue pour moi puisque j’ai eu la bonne idée de naître le lendemain de la fête du travail. Chaque année, autour du pont du 1er mai, j’embarque donc mari et enfants pour une destination que je choisis. Pas à l’autre bout du monde, suis pas banquière chez Rothschild (!), mais jamais trop loin de la mer. Cette année, direction Saint-Malo. 

Ce qui étonne toujours à Saint-Malo, c’est le contraste entre la ville reconstruite et ce qu’il reste de la ville ancienne, entre l’austérité de certains bâtiments, et la douceur des points de vue sur le large. Je ne sais pas si c’est d’avoir grandi à Saint-Lô, cité presque entièrement rasée par les bombardements alliés de 1944, mais à chaque fois que je me balade dans une ville « recontruite », j’ai l’impression d’être chez moi – à Caen, au Havre, à Lorient… Sentiment bizarre, impression de déjà vu face à des villes amputées, aux immeubles tous identiques, dont quelques rues seulement rappellent la splendeur d’avant guerre. Mais Saint-Malo s’en tire bien, très bien même, avec de jolies ruelles pavées, et quelques vieux hôtels particuliers, corsaires ou pas. Et puis il y a les vagues, les marées, les embruns… Difficile de rater une photo quand on tire le portait de Saint-Malo.

Pour ce séjour, j’avais trouvé un logis intra-muros, dans un vieil immeuble corsaire du XVIIe siècle, pour que les enfants puissent toucher du doigt le passé de la ville. Un appartement sous les toits pour profiter des cris des goélands au réveil, et se faire peur quand le coup de vent du samedi soir a fait trembler la toiture…

Pendant trois trop petites journées, on s’est donc baladé dans tous les sens dans la cité corsaire; on a espionné aux premières lueurs de l’aube, depuis les fenêtres de notre appartement, les goélands amoureux; on a usé nos yeux à tenter de voir le rayon vert derrière le Grand bé; on a dîné de frites et de burgers devant la mer; on est monté à bord de l’incontournable Etoile du Roy; on est allé se faire gentiment doucher par la mer sur le Sillon; on a admiré la tour Solidor… On aurait bien aimé rendre visite à François-René, mais on s’est réveillé trop tard pour la marée. Mon chéri est aussi allé faire une photo de la statue de son arrière-arrière-arrière grand oncle, contre amiral malouin, député d’Ile et Vilaine, gouverneur de l’île Bourbon. Ce qui m’a rappelé cette implacable réalité : même si leur mère est née du bon côté du Couesnon (celui du Mont-Saint-Michel), mes enfants ont un peu de sang breton…

Bon et puis surtout, gros kiff du week-end, on a pu admirer Saint-Malo depuis la mer, telle que la retrouvaient les corsaires de retour de leurs périples. Une petite navigation de quelques heures à bord d’un vieux trimaran de 15 mètres de long, le Team Aquarea. Un « vieux » Multi 50 de 1996 (comme L’Etoile du Roy…) qui a couru quelques Québec-St-Malo et une Route du Rhum.

Accompagné par un skipper adorable, dont je vous passerai les coordonnées si ça vous tente, tout le monde a pu barrer le monstre, qui a grimpé jusqu’à plus de 20 nœuds. J’ai même eu le privilège de frôler l’enfournage à la faveur d’une petite rafale que je n’avais pas vu arriver, tribord amure au grand largue (« Tire sur la barre, Sandrine, tiiiiiiiiiire !!!!!! ») (j’ai tiré mais je peux vous dire qu’une barre franche sur un bateau de cette taille à 22/23 nœuds, bah, ça demande du muscle !).

Bref : on n’a pas chaviré. On n’a pas vu de dauphins, non plus, pourtant nombreux dans ce coin de la Manche. Mais c’est pas grave : on revient en juillet. C’était bien, Saint-Malo.

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PS. Si vous avez envie de louer un bateau avec skipper, l’idéal pour profiter de la mer en toute sécurité, je vous conseille de passer par l’une de ces plates-formes de mise en relation entre navigateurs et équipiers qui se sont multipliées ces dernières années. Le Team Aquarea et son skipper Frédéric sont sur Clickandboat et Samboat. Je suis passée par le premier. Côté budget, pour un gros trimaran comme celui-là, il faut compter autour de 300 euros la sortie d’une journée. Un sacré budget mais qui ne dépend pas du nombre de personnes embarquées, ce qui permet de l’amortir en partant à 2 ou 3 couples, par exemple.

 

Vu du ciel > 48°38’56.6″N 2°01’39.0″W