« L’Atelier en plein air »: une expo iodée et lumineuse

Vous aimez la mer ? La peinture ?  La Normandie ? Les bateaux ? Le bleu est votre couleur préférée ? Ou bien vous commencez à sérieusement souffrir de la carence de soleil et de lumière que nous impose ce printemps un brin pourri ?  Autant de bonnes raisons de prendre le temps d’aller visiter l’exposition L’Atelier en plein air, les impressionnistes en Normandie, au musée Jacquemart-André, à Paris.

Jeudi dernier, j’ai participé à une visite commentée de cette exposition temporaire. Une expo conçue pour replacer dans son contexte historique et géographique la naissance de l’école française du paysage et du mouvement impressionniste, et sa coïncidence avec la découverte de la mer comme espace de loisir et de bien-être par les bourgeois de l’époque. Un double mouvement dans lequel la Normandie a pris une grande place.

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L’Entrée du port de Cherbourg, Berthe Morisot, vers 1871, Yale University Art Gallery

 

Bains de mer et tubes de gouache

Grâce à l’espiègle conférencière qui assurait la visite commentée de l’exposition, j’ai ainsi appris que c’est à des médecins anglais que nous devons la mode des bains de mer : au début du XIXème siècle, certains d’entre eux ont observé que les baignades en eau salée, froide, de préférence, étaient un bon remède contre ce qu’on appelait alors « le spleen » – la déprime, quoi. L’engouement chez les gens bien nés fut rapide, et ne tarda pas à traverser le channel, apporté en France par Marie-Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry, et férue de peinture.

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Camille sur la plage à Trouville, Claude Monet, 1870, Yale University Art Gallery

Parallèlement, le développement des lignes de chemin de fer, l’invention du tube de gouache et celle du chevalet portatif permettaient à toute une génération de jeunes artistes de s’affranchir tout à la fois de leurs ateliers parisiens et de la peinture académique, pour aller peindre « sur le motif », c’est à dire en plein air, sur le vif. Parmi eux, et par ordre d’entrée en scène, Eugène Boudin, Camille Pissaro, Claude Monet, Paul Signac, Berthe Morisot, Gustave Caillebotte… Leurs œuvres d’abord très critiquées en France n’allaient cependant pas tarder à trouver un écho favorable chez les adeptes des bains de mer, avides de ramener à Paris un peu de cette lumière si particulière qui ne se trouve que dans les ciels changeants de Normandie.

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Port-en-Bessin – Le Catel, Paul Signac, vers 1884, collection particulière.

C’est cette alchimie magique entre les progrès technologiques, l’effervescence artistique du milieu du XIXème, et la découverte des loisirs de bord de mer que cette exposition nous permet de mieux saisir.

Au fil des salles, dans l’atmosphère « cosy » de l’hôtel particulier des Jacquemart-André,  vous allez découvrir une cinquantaine de tableaux, dont certains rarement exposés, tous irradiés d’une lumière quasi-surréaliste – forcément un peu éteinte par les photos présentées dans ce post. D’où l’intérêt d’aller voir ces tableaux en vrai. Alors que le soleil se fait ardemment désirer, vous ressortirez de cette expo vivifié, bien plus sûrement qu’à l’issue d’une séance d’UV, et pour beaucoup moins cher !

Mention spéciale de moi-myself, pour deux tableaux de Monet que je n’avais jamais vu, même pas en reproduction, exposés pour la première fois côte à côte : deux études réalisées avant Le port de Honfleur, un grand tableau détruit pendant la deuxième guerre mondiale. IMG_2529.JPGCes deux œuvres représentent des bateaux de pêche au port. Les couleurs y sont très fortes, « Mondrian style », noir, rouge, bleu, jaune, blanc.  Le cadrage de l’image, également, très serré, surprend. Le rendu, notamment celui des reflets dans l’eau, est quasi-photographique. Étonnant pour des tableaux qui datent de 1866.

Infos pratiques :

  • L’exposition L’Atelier en plein air – les impressionnistes en Normandie se tient jusqu’au 25 juillet au musée Jacquemart-André, 158, boulevard Haussmann, à 10/15 minutes à pied de la gare Saint-Lazare. L’exposition est très complète, avec beaucoup de tableaux d’informations, mais si vous arrivez à dégoter une place dans une visité commentée, c’est évidemment un gros plus.
  • Le catalogue de l’exposition est disponible sur place (32 euros). Il est évidemment très complet, avec des reproductions de bonne qualité, un régal. Le magazine Connaissance des arts a également sorti un numéro spécial sur l’exposition (9 euros 50).
  • Prix d’entrée : 12 euros + 1 euro 50 pour l’audioguide. Visité guidée en plus : environ 13 euros, à réserver sur Internet.

Vu du ciel48°52’31.3″N 2°18’38.0″E

 

 

 

 

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