Nom de code Mulberry

Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il fasse un froid à ne pas mettre une mauwette dehors, il y a toujours du monde à Arromanches-les-bains. Des gens du coin, des touristes, des vétérans de la seconde guerre mondiale, ou leurs descendants.

Une drôle de faune qui vient voir de ses yeux « les barges ». De gros blocs de béton jetés au large, il y plus de 70 ans. Ce qu’il reste du pharaonique port flottant assemblé par le Génie de l’armée britannique, au large de la station balnéaire normande, à partir du 6 juin 1944.

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Construire un port à défaut d’en reprendre un aux Allemands

A la suite de l’échec du raid sur Dieppe, en août 1942, il devint évident pour les alliés que la prise d’un port français détenu par les Allemands (Dieppe, Cherbourg, Dunkerque,…) était beaucoup plus difficile que prévu.

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Selon la légende (et les stèles officielles sur la jetée d’Arromanches), c’est alors que l’idée d’un port artificiel serait née dans le cerveau de Sir Winston Churchill, premier ministre de Grande-Bretagne -mais selon Wikipedia, il serait plus juste d’attribuer ce concept un peu dingue à un ingénieur du Pays de Galles, Hugh Iorys Hughes. C’est lui qui, le premier, aurait suggéré que si aucun port français ne pouvait être pris, il fallait en construire un.

Et c’est ainsi qu’en 1942, dans le plus grand secret, dans tout le Royaume-Uni, des entreprises spécialisées dans le génie civil travaillent à la conception des différents éléments du futur port artificiel désormais doté d’un nom: « Mulberry« .

Arromanches, centre du monde de 1944

Toute petite commune du Calvados, Arromanches alias Gold Beach n’a jamais eu de port en eau profonde. Il y a bien une cale, construite en 1821, pour que les pêcheurs remontent leurs embarcations à l’abri. Mais pas de véritable port. Jusqu’à ces journées de 1944 où les soldats britanniques ont apporté depuis l’autre côté de la Manche leur jeu de lego king size destiné à créer le plus grand port artificiel du monde.

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Le « kit » de construction britannique comptait notamment de gros blocs de béton, les futurs quais de déchargement auxquels pouvaient s’amarrer les navires alliés, et des chaussées flottantes, éléments métalliques (whales, baleines) raccordés les uns aux autres pour permettre le débarquement au sol de tout le matériel militaire nécessaire à la reconquête du territoire français.

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« baleines »

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Jusqu’à la réouverture du port d’Anvers, en novembre 1944, Mulberry B sera le principal port d’approvisionnement des armées alliées. La paix revenue, 180 des « baleines » seront recyclées un peu partout en France pour réparer ou remplacer des ponts endommagés par les bombardements alliés –jusque dans le Haut-Rhin!

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Aujourd’hui, les barges de bétons occupent toujours les fonds marins d’Arromanches, se couvrant et se découvrant au rythme des marées. J’ai eu l’occasion d’y faire plusieurs plongées, il y a quelques années. Un voyage dans le temps, émouvant. Sur ces vestiges du génie humain, les bancs de tacauds, les lieux jaunes et les marguerites des mers tiennent compagnie aux fantômes des milliers de jeunes gars venus mourir sur nos plages il y a 7 décennies. Pour que nous vivions libres.

Vu du ciel49°20’26.0″N 0°37’21.3″W

 

 

 

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