Le navigateur Eric Bellion, un pour tous

La première fois que j’ai rencontré Eric Bellion, le skipper de Comme un seul homme, c’était à bord d’un immense bateau rond amarré en bord de Seine. La Maison de la radio. J’avais invité le monsieur, formateur et conférencier dans la vraie vie, pour qu’il vienne raconter l’aventure du Team Jolokia sur France Info, dans ma chronique Sans préjugés. Il est arrivé, grand sourire et cheveux ébouriffés, et le contact est passé, tout de suite. Il est comme ça, Eric: un mélange de gentillesse et de charisme même pas forcé, qui font qu’à moins d’être totalement insensible aux interactions humaines, on est forcément séduit.

EDIT du 13 février 2017. Depuis la première publication de ce portrait, Eric Bellion a réalisé son rêve : boucler le Vendée Globe. Un tour du monde en solitaire et sans assistance qu’il a terminé en un peu moins de 100 jours, se classant 9e – et 1er bizuth. De bonne augure pour le Vendée Globe 2020 ?…

L’esprit d’équipe

Et donc, Eric m’a raconté Team Jolokia. Un équipage de marins non professionnels de tous horizons, hommes, femmes, jeunes, vieux, valides, handicapés, aguerris ou débutants, tous réunis sur un vrai bateau de course au large. Objectif : démontrer que la diversité est une force, et qu’une équipe peut gagner même si tous ses membres ne sont pas sortis du même moule. A condition de s’entendre, de s’écouter, de se respecter, d’avoir envie, et de tous voguer vers le même objectif.

Avant Team Jolokia, Eric Bellion avait déjà tenté et réussi deux aventures marines originales : un tour du monde à trois sur un bateau de croisière, Kifouine, avec des étapes pendant lesquelles de jeunes adultes handicapés venaient rejoindre l’équipage pour naviguer aux escales. Ensuite il y a eu le Défi Intégration, un équipage mixte composé de valides et d’handicapés qui détient toujours le record du parcours entre Port Louis (Morbihan) et l’Ile Maurice : 68 jours.

> Pour écouter mon entretien avec Eric Bellion sur France Info, cliquez ici 

A bord de Team Jolokia, avec les piments

L’interview terminée, Eric m’invite à venir naviguer sur Team Jolokia. Evidemment je dis oui (et comment !). Et voilà que par un beau week-end d’octobre 2013, je me retrouve à bord du très beau bateau rouge et blanc, avec toute l’équipe de piments (et avec mon chéri qui ne rate jamais une occasion de naviguer, lui non plus).

#teamjolokia #bonheur

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La navigation fut belle, sous le magnifique soleil breton. On a fait le tour de l’Ile de Groix, à bonne allure, et tapé la discussion, les jambes pendantes au dessus de l’eau (si, pour faire contrepoids). Eric était à la barre pour ce qui était sa dernière navigation avec cet équipage. Un chouette moment. Jetez un oeil…

Mais, alors que nous étions presque arrivés au quai, alerte ! Peu après l’entrée dans la rade de Lorient, l’équipage avait affalé (descendu) la grand voile, comme il se doit, et nous avancions au moteur pour rejoindre les pontons. Sauf que… teuf, teuf, teuf… Voilà que la mécanique tombe en rade. Le courant nous pousse vers les vestiges des abris de sous-marins construits par les Allemands pendant la 2nde guerre mondiale. C’est chaud, très chaud – ça craint franchement, même. Et pourtant, aucune panique à bord. Eric donne les ordres dans le calme, chacun agit, et moi je me sens soudain très, très inutile. L’équipage (re) hisse la grand voile, et notre bateau s’engage dans une série de virements courts pour remonter le courant, et finalement regagner le ponton à la voile, tranquilou. Belle démonstration de l’efficacité de cet équipage atypique.

On se sépare pour la nuit après un petit verre à La Base, le resto-bar des voileux lorientais (et des touristes). Au programme du lendemain : une virée du côté de Gâvres, où Eric a l’habitude de faire du Kite. Nous, on a pris nos planches (à voile) – aller en Bretagne pour deux jours sans amener notre matos n’était guère envisageable.

Le frisson de La Torche

Le dimanche, le programme a changé : le vent est beaucoup, beaucoup trop fort pour nous, pas question de mettre un doigt de pied dans l’eau (d’ailleurs très fraîche). Nous décidons donc de pousser jusqu’à La Torche, où se termine une épreuve du championnat mondial de windsurf. Quitte à ne pas naviguer, autant aller admirer « ceux qui savent », pour paraphraser Tabarly.

Et c’est donc à bord de notre monospace familial, honteusement débarrassé de ses sièges enfants [#parentsindignes], qu’Eric nous confie le rêve de sa vie : courir le Vendée Globe en 2016. Et à l’écouter comme ça, avec son beau sourire et son enthousiasme communicatif, curieusement, on ne doute pas une seconde que le bonhomme va y arriver… Plus tard, face aux grosses vagues de la Torche, des rouleaux de 3, 4 mètres poussés par un vent à décorner les bœufs, Eric me racontera ce que ça fait d’être confronté à des conditions bien pires que celles-là, seul, au milieu du monde, sur son bateau… Pour un peu, on s’y croyait.

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Et nous voilà aujourd’hui, vendredi 13 novembre 2015, deux ans et deux semaines plus tard. Sur son monocoque Imoca de 18 mètres, baptisé Comme un seul homme, Eric Bellion et son co-skipper Sam Goodchild viennent de franchir, autour de 15h30 heure française, la ligne d’arrivée de la Transat Jacques Vabre, à Itajaï, au Brésil. Après 19 jours de course, ils sont 7e. Une belle réussite – rappelons que, confrontée à des conditions dantesques, sur des bateaux parfois insuffisamment préparés, la moitié de la flotte des Imocas a abandonné la course…

Comme un seul homme

Cette transat, c’était aussi le galop d’essai d’Eric pour le Vendée Globe 2016, qui partira dans un an des Sables d’Olonne. Un test grandeur nature pour le navigateur et son bateau (dont le nom à rallonge à tout à voir avec la philosophie de l’aventure Team Jolokia, je vous expliquerai). Avant le départ de la Transat Jacques Vabre, tranquillement assis en tailleur sur le pont de « C1SH« , Eric m’avait confié sa joie quasi enfantine de se retrouver au milieu des plus grands navigateurs de course au large. Il avait choisi d’embarquer avec lui Sam Goodchild -de 10 ou 15 ans son cadet, mais navigateur émérite- pour lui transmette un maximum de son expérience de la course au large, et aussi pour optimiser son bateau. L’alchimie a pris, semble-t-il !

Reste maintenant un an à Eric Bellion pour peaufiner sa monture en vue de « l’Everest de la course au large ». Pour ça, il va pouvoir compter sur l’aide au combien précieuse du navigateur Michel Desjoyeaux. « Le professeur » a en effet accepté d’accompagner Bellion et son bateau dans leur préparation. Preuve que derrière les cheveux en bataille, Eric cache un vrai potentiel. Je vous l’avez bien dit !

>> Lire aussi : « François Gabart, skipper du trimaran Macif : ‘J’aime la vitesse !’  »

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