Organiser une course transatlantique, combien ça coûte?

42 bateaux engagés, autant d’équipes techniques, 84 skippers, une foule d’attachés de presse, une armée de responsables de la sécurité, des troupes de journalistes, un plateau télé, un studio de radio, plusieurs restaurants éphémères… et 400 000 visiteurs en 10 jours (selon l’organisation). Le bon déroulement d’une course au large comme la Transat Jacques Vabre suppose une mécanique éprouvée, qui ne laisse pas de place à l’improvisation.

L'entrée dans le port du Havre, Seine-Maritime, Normandie. Octobre 2015. (c) Chesnel / The Mauwette Post

Une mécanique qui a aussi un coût. Combien coûte l’organisation d’une course transatlantique comme la « TJV » ? Qui paie ? Quelles sont les retombées ? Eléments de réponse avec Philippe Schaillée, président de l’association Transat Jacques Vabre, et président de JDE France, et Edouard Philippe, député-maire du Havre, ville de départ de la course.

Côté café > 500 000 euros

Chez Jacques Vabre, plus personne ne sait qui a eu l’idée, en 1992, de créer et sponsoriser une course transatlantique à destination d’un pays producteur de café. « Quelqu’un au service marketing » suppose Philippe Schaillée, qui depuis juillet 2015 préside JDE France, propriétaire du caféier.

Mais le président de JDE France sait rappeler, en revanche, que cette idée de faire revivre une « Route du café » qui partirait du Havre n’est pas tombée du ciel : en effet, il y a 200 ans, le port haut-normand était le premier port caféier de France. De plus, la marque a toujours joué sur cette image de spécialiste des cafés « d’origine », qui traverse les mers pour aller chercher les précieux grains – peut-être, ami lecteur, te rappelles-tu cette publicité pour Jacques Vabre des années 80 où on voyait un bellâtre européen surnommé El gringo débarquer en Amérique du Sud pour dégoter les meilleurs grains de café ?… Sponsoriser une course à destination des pays du café, l’idée tombait sous le sens, le story-telling était juste parfait.

En 1993, la première édition, en solitaire, de la « TJV », a donc pour objectif Cartagena, en Colombie. Les éditions suivantes arriveront à Salvador de Bahia, au Brésil, puis Puerto Limon, au Costa Rica, et Itajaí, au Brésil, à nouveau, depuis 2013. « Les marchands du XVIII qui traversaient les mers pour aller chercher des grains de café étaient des aventuriers rappelle Philippe Schaillée. Les aventuriers d’aujourd’hui, ce sont les marins de course au large« .

TJV2015

Le coût de l’organisation de « l’aventure » ? Il serait de 1,4 million d’euros pour l’édition 2015, répartis entre JDE (500 000 euros) et la mairie du Havre (à hauteur de 900 000 euros). Une mise rentabilisée affirme Philippe Schaillée: « L’investissement est important, mais c’est un choix réfléchi : nous ne faisons plus de publicité traditionnelle pour notre marque Jacques Vabre, mais nous investissons dans cet événement. Car la course, même si elle n’a lieu que tous les deux ans, nous permet de garder un bon niveau de notoriété auprès des consommateurs. » Cette année, France 3 a diffusé pour la première fois en direct le départ de la course. Une trés bonne nouvelle pour Jacques Vabre…

Et si jamais la course est décalée, comme en 2013, diminuant d’un coup l’impact médiatique, et les retombées ? « Nous avons une assurance pour ça » sourit Philippe Schaillée.

Côté Mairie > 900 000 euros

Quand on demande à Edouard Philippe, le député-maire (Les Républicains) du Havre, quel est l’intérêt pour sa ville d’accueillir une course au large, il déplie un argumentaire bien huilé: « Une ambiance de fête dans notre ville pendant 10 jours, c’est précieux, mais immatériel. Tout comme les retombées médias, qui sont difficiles à évaluer, mais certaines. En revanche, 400 000 personnes qui viennent consommer sur le village de départ, dormir dans nos hôtels, manger dans nos restaurants, voilà qui est très concret pour la ville et ses commerçants ».

La foule sur les quais du bassin Vatine, le samedi 24 octobre 2015.
La foule sur les quais du bassin Vatine, le samedi 24 octobre 2015.

L’accueil de la Transat Jacques Vabre répond aussi à une volonté politique, celle de développer le nautisme havrais. Le Havre, c’est un port de pêche et un très important port de commerce maritime – 50e port mondial et 2e port de France. Mais c’est aussi un port de plaisance, de 1300 anneaux, un festival international de films de mer et de marins…

En outre la ville n’a pas eu à construire d’infrastructures particulières pour accueillir la course. Elle disposait déjà du bassin nécessaire pour accueillir les bêtes de course: le bassin Paul Vatine, qui se trouve juste à 5 minutes à pied de la gare du Havre (à 2 heures 15 de Paris).

Bref. « Le retour sur investissement sur cette course est excellent« , affirme Edouard Philippe -sans préciser le montant de la « dot » versée par la ville d’arrivée Itajai, pour pouvoir accueillir la course. Et d’ajouter : « Les villes d’accueil potentielles de la course l’ont d’ailleurs bien compris, car elles sont nombreuses à nous solliciter pour que les prochaines éditions arrivent chez elle et pas chez la voisine ». CQFD.

Vu du ciel49°29’23.6″N 0°07’53.9″E

 

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