François Gabart, skipper du trimaran Macif : « La vitesse, j’adore ! »

A 32 ans, le navigateur François Gabart affiche déjà un beau palmarès: le Vendée Globe en 2013, la Route du Rhum en 2014… Sans compter toute une série de courses moins connues du grand public, mais qui ont bien contribué à asseoir sa réputation de « surdoué de la voile » – même si la formule semble un peu réductrice pour un bonhomme certainement plus complexe que l’image très lisse qu’en donnent généralement les médias. Bref.

Non content d’être doué dans ce qu’il fait, François Gabart est aussi un type charmant. Ainsi, malgré un emploi du temps de ministre, le Charentais a trouvé le temps d’accorder une interview à la Mauwette, quelques jours avant le départ de la Transat Jacques Vabre 2015. Le tout, cerise sur le bateau, à bord de Macif, son maxi trimaran flambant neuf. Merci François !

La Mauwette: Tu t’engages sur cette Transat Jacques Vabre avec un tout nouveau trimaran de 30 mètres de long. Pour le marin, quelles sont les principales différences entre un monocoque et un multicoque ? 

François Gabart: …ça va plus vite 🙂 Et moi, la vitesse, j’adore ! On s’habitue rapidement à la taille du bateau, même si les manœuvres dans les ports sont plus compliquées. Mais ce qui change vraiment, c’est la gestion des problèmes. Par exemple, si une voile tombe à l’eau. Sur un bateau comme un Figaro (monocoque de 10 mètres), on peut la récupérer. Sur un Imoca (monocoque de 18 mètres), ça peut encore se faire. Mais sur un trimaran de 30 mètres, c’est impossible. Avec un bateau de cette dimension, si on se trompe, si on ne fait pas bien une manœuvre, si on casse quelque chose, tout devient vite plus compliqué que sur un monocoque.

Est-ce qu’un bateau de cette taille est plus exigeant, physiquement ?

Je n’ai pas changé mon type de préparation physique, mais il y a des paramètres à prendre en compte une fois sur le bateau. Il y a notamment beaucoup de vent apparent (c’est à dire le vent ressenti à bord), qui peut vite nous refroidir. Une autre différence entre monocoque et multicoque réside dans le comportement du bateau. A certaines allures, il y a beaucoup d’à-coups, des « coups de raquette ». Pour expliquer aux gens qui n’ont jamais navigué sur un trimaran, il faut imaginer que c’est un peu la même chose que dans un TGV qui fonce à 300 km/heure: parfois, il y a des mouvements latéraux très forts, qui déséquilibrent les passagers qui sont debout. Sur le bateau, c’est la même chose, mais en beaucoup plus violent. Il faut donc être prudent, et bien se tenir, des deux mains.

Quel est ton objectif sur cette Transat Jacques Vabre, sachant que ce bateau tout neuf ne navigue que depuis deux mois ?

Nous ne sommes clairement pas les favoris. Le favori, c’est Thomas (Coville, sur Sodebo, un autre maxi trimaran). Son bateau est vraiment plus abouti que le nôtre. Mais ça ne veut pas dire que nous ne pouvons pas faire un beau résultat !

Reste que l’objectif sur cette course est de développer les performances de ce bateau, qui est encore en développement. Je suis donc très content d’avoir comme co-skipper sur cette transat en double Pascal Bidégorry. Il y a très peu de marins qui ont son expérience de la course au large en multicoque. Je sais que je vais beaucoup apprendre de lui. En plus, c’est un passionné, quelqu’un de très attachant et de très sensible. C’est une chance de l’avoir avec moi.

Quel est ton planning après la Transat Jacques Vabre ? 

Au programme de 2016 pour Macif, il y a des tentatives de records -la Route de la Découverte (1), le record de la traversée de l’Atlantique nord (2), et celui de la traversée de la Méditerranée (3). Dans l’agenda aussi, une course, sans doute la Transat anglaise. Mais avant ça, il faut continuer à développer ce bateau, à améliorer ses performances. Au retour du Brésil, il retournera donc en chantier. Je sais déjà qu’il y aura pas mal de boulot, mais c’est tout ce que j’aime !

PS: n’hésitez pas à suivre François Gabart sur son compte Twitter @francoisgabart. Il n’est pas aussi actif que la Mauwette, mais il se défend bien ! 

(1) La Route de la découverte > traversée de l’Atlantique d’est en ouest de Cadiz, en Espagne, à l’Ile de San Salvador, aux Bahamas. Record en solitaire détenu depuis janvier 2014 par Armel Le Cléac’h, sur le maxi trimaran Maxi Banque Populaire, en 6 jours 23 heures 42 minutes et 18 secondes (oui, 6 jours !)

(2) Le record de l’Atlantique nord > traversée d’ouest en est de New York au Cap Lizard, au large de la Grande-Bretagne. Record en solitaire détenu depuis 2013 par Francis Joyon sur le trimaran Idec, en 5 jours 2 heures 56 minutes et 10 secondes.

(3) Traversée de la Méditerranée > du nord au sud de Marseille à Carthage. Record en solitaire détenu depuis 2013 par Armel Le Cléac’h (encore lui), sur le maxi trimaran Maxi Banque Populaire, en 18 heures, 58 minutes et 13 secondes.

EDIT du 7 novembre 2015 : Depuis la première publication de cet article le 23 octobre, François Gabart et Pascal Bidégorry ont franchi en vainqueurs la ligne d’arrivée de la Transat Jacques Vabre à Itajaï au Brésil, le samedi 7 novembre, à 6 heures 59 minutes 27 secondes. 

Vu du ciel > suivre le trimaran Macif en temps réel sur Marine Traffic (attention, site addictif)

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